Je me la suis posée la question aujourd’hui. Est-ce que je vais
tougher? Est-ce que je vais être capable de trouver des choses à dire sur Sudbury au quotidien pendant un an, deux ans? Ce n’est qu’une ville après tout. Une semaine en affaires et tu n’as déjà plus d’idées? Pour qui tu te prends? Pour qui tu t’es prise?
J’ai tenté de trouver des blogues sur les villes qui ressemblent un peu au mien pour y piquer des idées de temps en temps. Rien.
J’ai cherché des articles savants sur Sudbury dans l’internet pour apprendre qu’on y allaite nos enfants moins longtemps que la moyenne ontarienne, que les traces d’hélium dans la terre sudburoise proviennent de sources extraterrestres et que la consommation d’alcool n’a pas augmenté - a même chuté - chez les mineurs lors de la grève d’Inco en 1978-79, une des plus longues grèves de l’histoire canadienne.
En marchant sur ce fameux chemin du lac Ramsey pour enfin retrouver mon chez soi, je me suis souvenue du moi d’avant Sudbury et j’ai compris que la question que je me posais était impertinente et, qu’encore une fois, mon méchant alter ego me faisait douter de moi.
Cette ville a changé ma perception du monde, C’est le plus beau compliment, selon moi, que l’on puisse faire à un être.
Si je n’y étais pas arrivée, je serais enseignante dans une école française du sud de la province au bord de la crise de nerf, parce que « t’es beaucoup trop sensible pour l’enseignement, ma grande ».
Je n’aurais pas non plus écrit la première ligne de mon plus grand rêve et je l’affirme sans hésitations.
Une ville, c’est une ville, mais il y a de ces villes frontières « auxquelles la littérature a daigné reconnaître une personnalité, conférer une présence mythique, emprunter une atmosphère… »
[i].
Une ville, c’est une ville, vous dites, mais il y a de ces rares villes frontières qui sont, sans gêne ni pudeur, « l’espace extérieur de l’intérieur »
[ii].
C’est ça, Sudbury. Mon moi exhibé.
C’est pour ça que je ne parle pas beaucoup. Je suis toute nue devant vous!
[i] Normand Renaud, « Aux portes de l’enfer : Sudbury dans l’imaginaire littéraire », dans
Liaison, numéro 69, 1992, p 20.
[ii] Fernand Ouellette à propos du Carmel de Thérèse Lisieux, cité dans Pierre Nepveu,
Intérieurs du Nouveau Monde, Boréal, 1998, p. 294.