dimanche 31 mai 2009

L'échec de la tranquillité

Jouer le jeu sans se poser de questions sur sa pertinence ou son bien fondé, c’est se résigner à ce que les choses demeurent les mêmes pour l’éternité. Se faufiler dans le jeu pour obtenir ce qu’on veut, c’est avouer la stupidité de l’humanité. J’y crois presque à cette stupidité aujourd’hui, mais j’ai encore assez d’énergie pour retenir la chute définitive. En haut, les gros s’énervent, jugent vite, et attaquent. Ils veulent pour obtenir, et obtiennent pour mesurer.

La mesure est un but. Ça veut dire quoi en bout de ligne? Croissance égale succès? Décroissance égale faillite? Croissance spectaculaire égale excellence? Décroissance dramatique égale pourriture?

En bas, on laisse encore la chance au coureur , mais les chances, comme toutes ressources, s’épuisent. Et puis, l’épuisement du bas, ça ne veut rien dire pour les gros d’en haut. Ils trouveront toujours d’autres ressources, aussi polluantes soient-elles. Et puis, le bas peut s’évader aussi, vivre à l’extérieur du monde, en sachant que cela ne changera rien, même pas sa tranquillité d’esprit.

mardi 26 mai 2009

Un père, son garçon et le poisson

Un petit garçon pêchait avec son père sur le quai du lac Ramsey, près de Science Nord, hier soir. Au moment où j’y passais, il sortait un poisson de l’eau, peut-être son premier à vie, de la joie dans le cri, un grand sourire sur le visage, et plein de lumière dans les yeux. Le père était aussi fou et fier que son garçon, et aussi agité que le poisson qui pendait-gigotait au bout de la ligne. Souvenir d’enfance en déroulement devant mes yeux.

les goélands et les enfants sont
à la pêche ça rit et ça crie sous
le grand ciel bleu par ici


Robert Dickson

mardi 19 mai 2009

À l'horizon, pas de retour

Une vieille dame lit un livre de recettes dans l’autobus entre Kapuskasing et Sudbury, côtelettes de porc et compote de pommes, ragoût de bœuf et pain maison, tarte à la mode et pouding chômeur. Elle parle de religion et d’éducation religieuse avec sa sœur, s’inquiète de l’avenir de ses petits-fils, les deux fils à son fils, son fils, avec qui j’ai été à l’école, au primaire puis au secondaire, et qui vit aujourd’hui ailleurs, comme moi, loin de la ville modèle. Qui va les préparer à recevoir les saints sacrements si les maîtresses ne le font plus? Pour Pâques, je leur ai offert un abonnement à Pomme d’api soleil, le magazine pour l’éveil spirituel des tout-petits. Je passerai à travers avec eux la prochaine fois que je les vois. T’es venue passer la longue fin de semaine à K…? C’est gentil. X vient une fois aux deux ans. Sa femme trouve ça loin. Qu’est-ce que tu fais à Sudbury? C’est un bon poste, ça. Tes parents doivent être contents, fiers. Je dirai à ta mère qu’on a voyagé ensemble. Ça va lui faire plaisir.

Pas de retour envisageable.

jeudi 14 mai 2009

Les faits et la mort

On m’a reproché de ne pas être assez factuelle aujourd’hui.

C’est un des plus beaux compliments qu’on m’ait fait.

Être factuel lorsqu’on vit dans une ville comme Sudbury, c’est presque comme vouloir mourir, non?

Un fait est un fait.

Une invention, par contre, ça peut être n’importe quoi.

mardi 12 mai 2009

Le mouvement, c'est pour les autres

J’aime tellement ne rien faire que lorsque je vois des gens courir de 5 h à minuit pour faire des choses, je me demande si je suis malade, anémique, s’il me manque une pilule de joie dans mon cabinet de salle de bain. Et puis, après quelques minutes d’observation intense, j'en arrive à la conclusion que le mouvement, c’est pour les autres.

jeudi 7 mai 2009

Jeune femme, tu as le choix!

D’après mes observations, les seuls à publiciser dans les autobus de Sudbury sont les organismes Pro-vie. Ils en ont bien le droit, pourvu qu’on ne m’attaque pas à coup de matraque si j’ose exprimer une opinion contraire.

Mais côté lecture le matin, j’aimerais bien bénéficier d’un peu de variété. Un fœtus sur fond mauve qui invite les jeunes femmes enceintes à composer le numéro d’une ligne d’aide, sûrement moralisatrice, ça ne contribue pas beaucoup à l’éveil de l’esprit.

Si j’avais les poches pleines de sous, je les achèterais tous, ces espaces publicitaires dans les autobus de Sudbury, ou au moins ceux sur le 500 University, un autobus qui charrie en majorité de gens qui fréquentent un lieu de haut savoir, où l’on encourage la pensée critique, le débat des idées et l’engagement social! (?) Oui. C’est un fait.

Sur mes annonces, j’y ferais imprimer du texte noir sur fond blanc, parce que lorsqu’on fréquente l’université, on ne devrait plus avoir besoin de dessins pour apprécier, comprendre et imaginer le monde. Des organigrammes, peut-être, mais pas de dessins.

Ne pensez surtout que je suis contre les dessins. J’aime bien les dessins. Preuve? Cliquez ici. Mais les mots, c’est mieux. Bon. Voilà un argument digne d’un baccalauréat.

Sur mes espaces publicitaires blancs, je pourrais écrire en noir, par exemple :

- Ton sac prend la place d’une personne qui est debout en ce moment. Bravo.
- Les vaches s’évachent dans les champs. Et dans les autobus? Oui on Non?
- Tu viens de raconter tes péripéties sexuelles de la veille à un public de 50 personnes. Deux personnes n’ont rien entendu. Parle plus fort la prochaine fois.
- Touche le dessous de ton banc... LOL!
- Minouchage extrême interdit (Ce n’est pas juste moi qui a le goût de vomir).


D'autres idées?

Des dons en vue d'achat d'espaces publicitaires?


vendredi 1 mai 2009

Le sandwich et l'amour

OK. J’ai juré, promis, craché. J’ai ralenti les ardeurs. Je n’ai plus toujours l’envie, l’énergie, le temps qu’il faut pour entretenir mon espace cyber. J’aime toujours écrire. J’en ai besoin pour conserver un peu de stabilité dans mon être. Je perds mon balan, facilement.

Non. Il ne faut surtout pas que tu leur expliques le pourquoi de ta lenteur temporaire. Tu détestes les explications qui succèdent aux abandons. Pourquoi justifier le changement lorsqu’il est d’ordre personnel? Vivre, c’est changer. Mourir, c’est stagner.

La sulfureuse est amoureuse.

Voilà. C’est dit. C’est l’explication.

Comment c’est arrivé?

1. Il m’a demandé de lui faire un sandwich.
2. Je lui en ai fait un bon.
3. Il m’a dit qu’il appréciait le geste, l’intention derrière la confection d’un sandwich.
4. Je lui ai dit que j’adore faire des sandwichs, qu’entre deux tranches de pain, il y a tout un monde de possibilités.
5. Il a dit ouate de phoque?
6. J’ai ri.
7. Il a ri, et m’a raconté en un trait toute sa vie.
8. Je suis tombée amoureuse.
9. Nous faisons pousser des sandwichs toastés aux tomates cet été, dans le jardin.
10. On vous invitera.