L’air froid qui pénètre dans les craques des murs de ma chambre le matin, le bois franc frais sous mes pieds dans l’escalier, la nécessité revenue de la chaleur réconfortante du premier café, la fumée qui sort de ma bouche en courant pour rattraper l’autobus, les manteaux d’hiver qui prennent deux sièges au lieu d’un, les dessins des enfants dans les fenêtres givrées du 500, la vapeur qui flotte au-dessus du lac Ramsey, me font rêver à mes raquettes, à cette traversée quotidienne du lac, le matin vers l’austère, le soir vers le rêve.
On n’a pas vraiment besoin de raquettes pour traverser le lac, mais d’en porter aux pieds ravive le voyage-souvenir d’une autre époque, le rêve d’une conquête en contrée sauvage, le sentiment qu’il n’est pas nécessaire d’avancer à tout prix, qu’il est bon de prendre du recul, de rappeler en soi le sauvage et l’ancien.
J’affectionne particulièrement l’hiver pour la résistance de la neige qui freine l’avancement.
Version à l'échelle approximative du costume moderne d’une sauvage sudburoise :
Cet effet de la neige tombée en tas partout qui ralentit nos ardeurs d'avancer me soulage, me rassure... De le lire chez autrui en fait autant, mais mieux en quelque sorte. Une résistance complice vient tonifier mon entêtement secret. Je pense que ça veut aussi dire, ne pas vouloir aller trop vite vers la mort.
RépondreEffacerL'angoisse de la mort se retrouverait donc non pas tant sur la route qui mène à son inévitabilité, mais plutôt dans notre sentiment d’être incapable de débarquer d’un carroussel incontrôlable. L'angoisse de la mort trouverait donc ses racines dans l'angoisse d’avoir rater sa vie.
RépondreEffacerIl ne faut jamais arriver à point sur le rêve ou la mort.
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