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vendredi 7 août 2009

Petites vagues de lac à eau douce

Ma tête, mon cœur respirent sans s’étouffer. Je prends la ruelle à l’aube, regarde l’arc-en-ciel disparaître.

Mes yeux brûlent.

On se fiche de mes incohérences, ici, sans leur laisser tout-à-fait leur paix. Les jugements trottent autour. Je leur souhaite le bonjour par peur d’avoir l’air impoli. Je suis village plus que je ne voudrais l’être, et pas assez ville pour faire semblant d’aimer le vin cher.

Tant que l’alcool soûle.

J’erre en sauvage soumise sans m’étouffer, sans sauter, sans extrémités.

mardi 19 mai 2009

À l'horizon, pas de retour

Une vieille dame lit un livre de recettes dans l’autobus entre Kapuskasing et Sudbury, côtelettes de porc et compote de pommes, ragoût de bœuf et pain maison, tarte à la mode et pouding chômeur. Elle parle de religion et d’éducation religieuse avec sa sœur, s’inquiète de l’avenir de ses petits-fils, les deux fils à son fils, son fils, avec qui j’ai été à l’école, au primaire puis au secondaire, et qui vit aujourd’hui ailleurs, comme moi, loin de la ville modèle. Qui va les préparer à recevoir les saints sacrements si les maîtresses ne le font plus? Pour Pâques, je leur ai offert un abonnement à Pomme d’api soleil, le magazine pour l’éveil spirituel des tout-petits. Je passerai à travers avec eux la prochaine fois que je les vois. T’es venue passer la longue fin de semaine à K…? C’est gentil. X vient une fois aux deux ans. Sa femme trouve ça loin. Qu’est-ce que tu fais à Sudbury? C’est un bon poste, ça. Tes parents doivent être contents, fiers. Je dirai à ta mère qu’on a voyagé ensemble. Ça va lui faire plaisir.

Pas de retour envisageable.

dimanche 1 février 2009

Se faire soigner à Sudbury

Il n'existe qu'une raison pour voyager à Sudbury lorsqu'on vient du corridor de la 11: se faire soigner. Depuis un an, je n'accueille chez-moi que des gens de passage à l'hôpital. Ce n'est pas déprimant. J'ose même croire que c'est réconfortant.

Lorsque la vieillesse et la maladie font voir qu'ils travaillent dans des corps qu'on aime, on aime davantage l'être comme la vie. On profite de ce qui reste parce que c'est tout, finalement. C'est bête, mais c'est comme ça.

jeudi 4 décembre 2008

Pelle Obsession

Voici une pelle sur des roulettes qui m’a fait sourire intérieurement toute la journée.





Non, mais...

(Faut venir du Nord pour comprendre...)

vendredi 28 novembre 2008

Exode

J’ai l’impression d’avoir 60 ans aujourd’hui et de voir le dernier des mes enfants partir. Je n’ai même pas d’enfants.

mardi 25 novembre 2008

Ville « juste-milieu »

Je suis confortable ici. Mon temps, ma tête et mon cœur respirent sans étouffer, vivent bien avec leur pluralité. J’erre dans les rues en sauvage, en citoyenne moyenne, en poète, en puritaine, en épicurienne, selon le jour ou l’heure du jour, selon la question, l’espoir ou le tourment qui trotte dans le gris de mon esprit. Je suis village et ville, clocher et voyage, perron et café shop, anglaise et fière, indomptée et soumise, et l’on se fout de mes incohérences sans jamais me laisser tout à fait tranquille. C’est parfait.

mardi 18 novembre 2008

La neige et l'avancement

L’air froid qui pénètre dans les craques des murs de ma chambre le matin, le bois franc frais sous mes pieds dans l’escalier, la nécessité revenue de la chaleur réconfortante du premier café, la fumée qui sort de ma bouche en courant pour rattraper l’autobus, les manteaux d’hiver qui prennent deux sièges au lieu d’un, les dessins des enfants dans les fenêtres givrées du 500, la vapeur qui flotte au-dessus du lac Ramsey, me font rêver à mes raquettes, à cette traversée quotidienne du lac, le matin vers l’austère, le soir vers le rêve.

On n’a pas vraiment besoin de raquettes pour traverser le lac, mais d’en porter aux pieds ravive le voyage-souvenir d’une autre époque, le rêve d’une conquête en contrée sauvage, le sentiment qu’il n’est pas nécessaire d’avancer à tout prix, qu’il est bon de prendre du recul, de rappeler en soi le sauvage et l’ancien.

J’affectionne particulièrement l’hiver pour la résistance de la neige qui freine l’avancement.

Version à l'échelle approximative du costume moderne d’une sauvage sudburoise :

jeudi 25 septembre 2008

Du vent et du baloney

La guerre des villes, c’est comme la guerre des sexes. Les filles contre les gars. Gatineau contre Montréal. Québec contre Sherbrooke. Hearst contre Kapuskasing. Sudbury contre… toutes les autres.

Les petits se mesurent aux grands en essayant de battre des records, n’importe lesquels, de la plus grande cheminée au plus poilu des trous de cul de la planète, pourvu qu’on le batte puis qu’on le garde, puis qu’on s’en vante bien comme il faut.

Les grandes villes se mesurent aux petites en se foutant complètement de leurs quêtes de la prochaine des plus absurdes grandeurs, parce qu’elles sont déjà grandes, elles. Ça fait longtemps qu’elles ne mangent plus de baloney.

Les petites communautés tentent de convaincre et convaincre et convaincre les grandes qu’elles valent quelque chose, parce que tout le monde veut être quelqu’un, but convincing people is hard, man!, quand ils sont déjà convaincus, puis que plus personne ne doute de rien. C’est épuisant, le doute.

La guerre des villes, c’est comme la guerre des sexes : un jeu, c’est tout. Les petits veulent être grands et les grands, ben, veulent rester grands. Puis la meilleure façon de s’en assurer, c’est de laisser passer les élans des autres comme du vent.

samedi 20 septembre 2008

Entre Sudbury et Montréal

En route vers Montréal, ce matin. Festival International de la littérature.

Moi. Spectacle. D’un pays qui pousse dans le Nord. Lundi 22 septembre. 20 h 30. Lion d’or.

Dix heures d’autobus entre Sudbury et Montréal. Lire. Écrire. Regarder par la fenêtre. Roupiller la bouche grande ouverte. Se faire décapiter.

Moi logée dans auberge. Pas nommer le nom puisque moi, gentille. Commis a un peu agacé moi. Mais, va mieux, là. Pas inquiet, toi, de moi, s’il-vous-plaît. Pas inquiet, toi, pour lui, non plus, ok. Moi gentille et douce, promis.

Sulfureuse : J’aimerais ajouter un soir à ma réservation, si c’est possible.

Commis : Pas de problème madame, votre chambre est libre le samedi. Puis-je
avoir votre numéro de téléphone, s’il-vous-plaît ?

Sulfureuse : (705) 222-2222.

Commis : Code régional, s’il-vous-plaît?

Sulfureuse : 705.

Commis : Non, le code régional, madame.

Sulfureuse : SEEEEEPT-E, ZÉÉÉÉÉROOOO, CINNNNNNQU-E !

Commis : Mais vous appelez d’où ?

Sulfureuse : De Sudbury.

Commis (en riant) : Ah ! Sudbury…

Sulfureuse : Pourquoi vous riez comme ça, monsieur ?

Commis (en étouffant son rire) : Euh, pour rien, madame… Je ne savais pas qu’il y avait un code régional à Sudbury. C’est tout.

Sulfureuse (déconcertée par la stupidité, mais calme) : Normal, monsieur. C’est nouveau. Ils ont installé des nouveaux poteaux de téléphone cet été, qui sont beaucoup plus hauts que ceux d’avant. On a donc dû ajouter un code régional à tous les numéros de téléphone, ici.

Commis (après un silence suspect) : Bon, ben… Carte de crédit, madame ?

Sulfureuse : HKTL GBLX QFRV SBY.

samedi 6 septembre 2008

Retourne chez toi et laisse-moi tranquille

Pour une fille de la 11, des pommes de terre violettes, c’est impressionnant. J’ai goûté à un avocat pour la première fois à 20 ans. Mes premiers fromages (pas en crottes) aussi, vers cet âge. J’y ai tout de suite pris goût et je goûte depuis à toutes sortes de nouvelles choses.

Je n’ai jamais pourtant senti qu’on m’avait privée de quoi que ce soit comme enfant kapuskoise. J’ai connu des goûts qu’on fréquente peu, encore aujourd’hui : de la soupe aux gourganes (que je déteste), du gibier sauvage, des slounes (grosses galettes de chasse qu’on enveloppe dans le foil et qu’on traîne dans nos poches dans le bois en cas de fringale). J’ai connu aussi cette liberté de petit village, étrangère aux enfants modernes des villes, super protégés, enveloppés, casqués.

Lorsque je retourne chez moi, où je suis née et j’ai joué, je quitte un monde nouveau pour retrouver l’ancien, que j’aime aussi. Également? Peut-être pas. Particulièrement, oui. Même si je n’y ferais pas ma vie, il y a une insouciance de vivre là-bas, une simplicité, une mélancolie qui me plaît à en mourir. Et la neige qui reste blanche.

Cela me surprend toujours de rencontrer quelqu’un qui s’ennuie de façon chronique de son chez soi, qui vit mal avec ce qu’il laisse derrière, souvent temporairement. Certains lieux nous habiterons toujours plus que d’autres et nous y retournerons naturellement. Mais en attendant, pourquoi s’en tenir à ce qui n’y est pas, à ce qu’on n’y retrouve pas, à ce qui ne nous ressemble pas? Pourquoi tenir autant à convaincre ceux qui l’habitent confortablement qu’ils ont fait le mauvais choix?

Retourne chez toi et laisse-moi tranquille. J'en ferai de même.

dimanche 24 août 2008

La sudburoise montréalaise

Un ami m’écrivait récemment pour me dire qu’il s’abonnerait aux péripéties de la sulfureuse Sudbury même s’il habitait la contrée lointaine de Coniston, à une quinzaine de kilomètres du centre-ville.

Eh oui, il faut me le rappeler de temps en temps. Je vis dans le Grand Sudbury fusionné, dont l’aire géographique de 3 600 kilomètres carrés en fait la ville assise sur le plus grand bout de terre en Ontario. Ça fait beaucoup de marchage ça pour une pédestre.

On m’a même appris que le lac Ramsey n’était plus le plus grand lac contenu à l’intérieur des limites d’une ville. Le Wanapitei l’a détrôné, post fusion.

J’aime exagérément le centre-ville de Sudbury, le vieux Sudbury dépeuplé et magané, royaume des gens qui n’aiment pas déjeuner au resto les dimanches matins ou prendre un café avant midi, paradis de ceux qui attendent plutôt midi pour spiker leur café et manger une saucisse dans le vinaigre.

J’aime exagérément le vide de Sudbury, son silence qui laisse toute la place aux trains et aux quêteux qui se quêtent entre eux, aux photographes de l’invisible.

J’aime tellement le centre-ville de Sudbury que je me suis demandée si je n’étais pas, pour mon ami, devenue une montréalaise sudburoise qui pète plus haut que le trou, qui ignore tout des mondes périphériques qui l’entourent, qui s’en moque au point de les supprimer de son imaginaire, de l’imaginaire collectif.

Et puis non, ce n’est pas pareil. Il y a des lieux qui ont besoin qu’on les aime un peu plus que les autres, sinon ça fait pouf! pour toujours.